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Pourquoi arrêter le bar sauvage en période de reproduction ?

Raison 1 : biologique
Le bar se regroupe en frayère au large des côtes et plus en profondeur, de janvier à mars dans le golfe de Gascogne, d’avril à juin dans le sud de la mer du Nord et de mars à mai dans les zones intermédiaires. Pendant ces périodes, en raison de ces concentrations, cette espèce est particulièrement ciblée par les pêcheurs.

Raison 2 : diversité de techniques de pêche pour une même espèce
Le chalut pélagique était très utilisé jusqu’en 2015 pour pêcher le bar. Cette technique permet de prélever une grande quantité d’individus rapidement, particulièrement en période de reproduction pendant laquelle le bar se regroupe en banc. Ceci a entraîné un effort de pêche important sur la ressource, à une période où elle est particulièrement fragile.
Aujourd’hui, une plus grande diversité de techniques de pêche (ligne, filet, palangre) sont utilisées pour le capturer.
Le chalut pélagique est l’un des modes de capture le plus controversé, en raison de sa grande productivité qui se heurte à la fragilité de la ressource et à la moindre efficience d’autres techniques de pêche. Ce n’est pas tant l’engin qui peut être mis en cause mais l’usage qui en est fait. Il lui est reproché de ne pas préserver la qualité du produit (poisson écrasé dans le fond du chalut), de ne pas tenir compte de la capacité d’absorption du marché et de faire s’effondrer les cours à un niveau nécessitant l’intervention des pouvoirs publics ou de la profession, dans les cas de débarquements de trop grandes quantités. Les chalutiers pélagiques ciblent les espèces vivant en banc tout ou partie de leur vie (sardine, anchois, thon germon), ou pendant leur période de frai (bar, dorade royale, dorade). Ils étaient majoritairement utilisés pour pêcher le bar en saison hivernale pendant sa période de frai jusqu’à l’effondrement du stock Nord européen.

Raison 3 : politique, aucun quota établi en Europe
Une réflexion est en cours depuis plusieurs années au sein de la Commission européenne afin d’établir des quotas de pêche pour cette espèce, du fait de son exploitation de plus en plus importante et des baisses importantes de biomasse observées ces dernières années. Mais certains Etats membres, tels que l’Irlande, s’opposent fortement à cette proposition car ils n’obtiendraient pas assez de quotas en raison de leur faible niveau de captures.

Raison 4 : plusieurs stocks européens (Nord du 48ème parallèle, Sud du 48ème parallèle, eaux ibériques et Ouest Ecosse)

a) Stock Nord
Depuis 2005, le stock Nord couvrant la mer Celtique, la Manche, la mer d’Irlande et la mer du Nord présente des signes de décroissance de la biomasse reproductive due à une surexploitation intensive dans la zone (effort de pêche deux fois et demi supérieur au niveau optimum).

Alerte scientifique depuis 2014
Le stock Nord est susceptible de continuer à diminuer à court terme en raison d’un recrutement faible de juvéniles dans le stock de reproducteurs ce qui va diminuer les capacités de reproduction du stock dans les années à venir. Les scientifiques recommandent depuis 2014 l’arrêt de la pêche du bar dans cette zone (recommandation qui a été mise en œuvre à partir de 2017 en Europe).

Arrêt européen de pêche du bar en zone Nord
Une mesure d’urgence a été adoptée en janvier 2015 et un plan de gestion mis en place par la Commission européenne en 2016. La pêche au bar a été fermée dans la zone Nord les six premiers mois de l’année 2016 puis toute l’année 2017 (exception faite aux ligneurs : seulement deux mois d’arrêt en février-mars en 2016 et 2017). La pêche récréative se voit également interdite de pêche au bar (seule la pratique du « pêcher-relâcher » est autorisée) pour l’année 2018. Sous réserve du respect de ces mesures, les scientifiques estiment qu’il faudra entre 4 et 7 ans pour que le stock se rétablisse.

b) Stock Sud
Dans leur avis 2017 sur le stock Sud (golfe de Gascogne), les scientifiques du CIEM constatent une légère baisse de l’indice de biomasse et une production stable. Ils conseillent une approche de précaution avec une baisse de 10 % des débarquements par rapport à 2016 et 2017.
Mesure qui n’a pas été suivie au niveau européen car l’espèce n’est pas soumise à quota, mais la pêche récréative devient limitée à 3 bars par personne et par jour dans cette zone.

Au niveau français, cette approche de précaution a été mise en œuvre grâce au régime national de gestion créé en novembre 2016 qui instaure un plafond de capture national. Ces nouvelles mesures de gestion fixent des limitations de capture en fonction des métiers et des dates de fermeture de la pêcherie suivant les engins, conformes aux préconisations des scientifiques.
Dans le golfe de Gascogne, les métiers de l’hameçon et du filet dominent désormais les prises de bar. La bolinche ne cible plus le bar, le chalut pélagique représente moins de 10 % des volumes sur l’année et le chalut de fond a encore quelques captures accessoires inévitables.
Les données sur le stock ne sont pas encore assez précises pour assurer que ces mesures de gestion vont préserver le stock sur le long terme.

c) Autres stocks européens
Les données scientifiques font défaut concernant les autres stocks (Ouest Ecosse et côtes ibériques). Les scientifiques recommandent donc de ne pas en augmenter les captures mais aucune mesure de gestion n’existe au niveau européen pour en réguler les prises.

Raison 5 : pêche récréative
La pêche récréative est également forte sur cette espèce. Selon les scientifiques du CIEM, pour le stock Nord, 2 000 tonnes de prises commerciales ont été débarquées en 2015 et les prises issues de la pêche récréative sont estimées à 25 % supplémentaires (les prélèvements concernant la pêche récréative sont difficiles à évaluer car non reportés).
Des mesures ont été prises au niveau européen pour diminuer les captures des plaisanciers. Seul le pêcher-relâcher est désormais autorisé en zone Nord où le stock est très affaibli et 3 prises par jour sont autorisées en zone Sud où la biomasse est en baisse. Les quotas par jour imposés à la pêche récréative créent des conflits entre plaisanciers et professionnels car aucun quota européen n’existe à l’heure actuelle pour les professionnels.

Raison 6 : taille minimale
En 2015 suite à l’alerte scientifique, la Commission européenne a augmenté la taille minimale de commercialisation à 42 cm en mer du Nord, Manche, mer Celtique et mer d’Irlande.
Cette taille a également été augmentée de 36 à 38 cm dans le Golfe de Gascogne et les eaux ibériques mais reste inférieure à la taille minimale de reproduction de l’espèce (42 cm).

Raison 7 : les acteurs de la distribution
Plusieurs chaînes de distribution ont décidé de suspendre la commercialisation de bar sauvage en période de frai (Auchan, Carrefour) ou même toute l’année (Brake).
En raison de la fragilité biologique du bar, il est important de conserver une consommation modérée également en dehors de la période de reproduction.